Révision commentée n° 3

Révision commentée n° 3

Heureux de vous revoir pour le troisième article de la série de révisions commentées! Cette semaine, le texte proposé vous demandera une bonne analyse. C’est notre lot : les textes à traduire ne sont pas toujours des plus clairs! N’hésitez pas à consulter le texte en entier au besoin. On traitera également de concision et du besoin d’y aller mollo avec les incises. Prenez le temps de bien réviser vous-même la traduction, puis prenez part à nos discussions!

AnglaisI would note that, in reviewing the matter at hand from yesterday’s Question Period, at the time it was not completely clear to me whether the Premier was directly quoting from a document, paraphrasing information, or simply speaking to the House. I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
The Premier has since advised the House that he was referring to a public document.
Accordingly, there is no obligation for him to table anything, and I would rule that the Official Opposition House Leader did not have a point of order.
TraductionJ’aimerais souligner, après avoir examiné le présent cas qui a eu lieu hier lors de la période des questions, qu’il n’était pas possible à ce moment-là de véritablement savoir si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou si, tout simplement, il s’adressait à l’Assemblée. J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
Or, le premier ministre a depuis indiqué à l’Assemblée qu’il faisait allusion à un document public.
Par conséquent, il n’est pas obligé de déposer de documents à l’Assemblée et je déclare donc le rappel au Règlement irrecevable.
RévisionJ’aimerais souligner que l’examen de ce cas survenu hier au cours de la période des questions ne m’a pas permis d’établir clairement si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou s’il s’adressait tout simplement à l’Assemblée. Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer.
Source : Décision de la présidence de l’Assemblée législative du Manitoba
Anglais – https://www.gov.mb.ca/legislature/business/41st/4th/votes_033.pdf
                Français – https://www.gov.mb.ca/legislature/business/41st/4th/votes_033.fr.pdf 

Emplacement de l’incise

Nous devons tous traduire des textes qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas nécessairement rédigés de façon optimale. Parfois, comme ça semble avoir été le cas ici, le texte écrit reflète un discours oral qui, sans intonation ni autre indice habituel, peut devenir un peu plus difficile à déchiffrer à l’écrit. Le traducteur doit alors s’affubler, une fois de plus, de son deerstalker (ne vous en faites pas, j’ai dû chercher le mot moi aussi).

Le rôle de l’incise in reviewing the matter… au sein de la chronologie de la phrase est en effet plutôt nébuleux à la première lecture, mais on semble avoir voulu dire I realized when I reviewed. Ainsi, l’incise se veut un complément d’information à it was not completely clear to me. En situant son incise après « souligner », la traduction indique que l’auteur a procédé au « soulignement » après avoir fait son examen, ce qui s’éloigne du sens voulu. D’ailleurs, that balise l’anglais de manière à mettre I would note résolument derrière nous; pour sa part, la traduction place l’incise avant le « que », choisissant plutôt de persister et de signer en fixant un lien avec « souligner ». La révision déplace donc l’information après le « que » et tente, par le fait même, de se défaire d’une incise qui vient alourdir une phrase quand même déjà très longue.

Soulignons au passage que « le présent cas qui a eu lieu hier » est plutôt lourd et boiteux : il ne s’agit pas du présent cas mais bien du cas qui nous occupait jusque-là, puis la révision a bien fait de se défaire du « qui » et de la proposition qu’il l’accompagne, d’autant plus qu’un autre « qui » suit de près.

Tournons-nous maintenant vers ce fameux at the time qui, malgré son air banal, s’avère crucial pour la compréhension du paragraphe tout entier.

AnglaisI would note that, in reviewing the matter at hand from yesterday’s Question Period, at the time it was not completely clear to me whether the Premier was directly quoting from a document, paraphrasing information, or simply speaking to the House. I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
The Premier has since advised the House that he was referring to a public document.
Accordingly, there is no obligation for him to table anything, and I would rule that the Official Opposition House Leader did not have a point of order.
TraductionJ’aimerais souligner, après avoir examiné le présent cas qui a eu lieu hier lors de la période des questions, qu’il n’était pas possible à ce moment-là de véritablement savoir si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou si, tout simplement, il s’adressait à l’Assemblée. J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
Or, le premier ministre a depuis indiqué à l’Assemblée qu’il faisait allusion à un document public.
Par conséquent, il n’est pas obligé de déposer de documents à l’Assemblée et je déclare donc le rappel au Règlement irrecevable.
RévisionJ’aimerais souligner que l’examen de ce cas survenu hier au cours de la période des questions ne m’a pas permis d’établir clairement si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou s’il s’adressait tout simplement à l’Assemblée. Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer.

Une lecture attentive de l’anglais nous permet de conclure que l’expression vise le moment où l’incident a eu lieu. Puisque l’auteur nous parle d’abord du moment de son examen pour ensuite traiter de ce qu’il savait au moment de l’incident, on en conclut — bien qu’on puisse en débattre longtemps — qu’il nous informe de la conclusion à laquelle il est venu au moment de l’examen et que cette conclusion porte sur ce qu’il savait au moment de l’incident. Il poursuit d’ailleurs plus loin en ajoutant I also had no knowledge of, ce qui renforce cette lecture. Cette précision temporelle peut sembler anodine, mais on comprend au survol des deux paragraphes qui suivent que la question de savoir ce qui pouvait s’entendre au moment de l’incident importe puisque c’est ce qui a empêché l’auteur de trancher la question dont il a été saisi au moment même où elle a été soulevée.

La façon dont cette question a été abordée dans la traduction méritait certes une modification. Premièrement, « à ce moment-là » présente une ambiguïté déstabilisante puisqu’on ne sait pas si on vise « après avoir examiné », « le présent cas qui a eu lieu hier » ou même « la période des questions ». Deuxièmement, « il n’était pas possible » rend la phrase impersonnelle alors que l’auteur s’exprime sur sa propre compréhension de l’incident et la traduction se contredit en introduisant la première personne à la phrase suivante (« J’ignorais également »). On ne peut bien sûr pas non plus employer « également » s’il n’y a aucun élément précurseur à la même personne. Or la révision a su résoudre les problèmes qu’on vient de soulever, à un léger détail près : il déplace le point de vue exposé dans l’anglais en situant l’analyse de la nature exacte des faits au moment de l’examen du cas plutôt qu’au moment de l’incident. Si on pourrait trouver dommage que le réviseur n’ait pas su rendre cette nuance, on peut tout de même conclure qu’on perd bien peu et qu’en fin de compte, on comprend quand même clairement qu’il n’était pas possible de savoir, point.

Pour ce qui est du « tout simplement », le réviseur a cru bon de se défaire d’encore une autre incise et d’éviter la séparation de « si » et de « il », bien qu’elle ne soit pas fautive en soi. Le traducteur avait sans doute voulu éviter qu’on comprenne qu’il « s’adressait tout simplement », comme s’il s’agissait d’un geste désinvolte, mais cette lecture nous semble peu plausible. Qu’en dites-vous?

AnglaisI also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
TraductionJ’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
RévisionIl ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer.

La traduction de ce dernier passage ne présente aucun problème en soi, mais profitons-en pour nous rappeler que même si le traducteur a l’obligation de rester fidèle au texte source, il a aussi la responsabilité de s’exprimer de la façon la plus claire et la plus concise possible. Ainsi, après toute traduction (ou révision!), on se questionnera sur l’utilité des mots qui peuvent sembler superflus, surtout lorsqu’ils ne se trouvent pas dans le texte à traduire. On peut présumer que le traducteur a senti le besoin d’établir une charnière entre « il n’aurait pas été tenu… » et la phrase qui précède, mais plutôt que d’ajouter un groupe de mots, il aurait été préférable de chercher une tournure mieux adaptée. En l’occurrence, une structure qui correspond à peu près à l’anglais aurait très bien fait l’affaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s