Révision commentée n° 4

Révision commentée n° 4

Je vous souhaite la rebienvenue à notre série de révisions commentées! Semaine 4 déjà! Merci à tous ceux qui nous suivent assidûment! Cette semaine au menu : pronoms, mots tapageurs, reformulation, tournures passives, expression naturelle et contexte! Comme toujours, prenez le temps de bien réviser le texte vous-même d’abord, histoire de tirer le maximum de notre discussion. À table!

Le texte en gris est nécessaire à la révision, mais n’en fait pas partie.

AnglaisName of child
3(9.1)     Subject to subsection (9.4), the name of a child shown on the registration of the child’s birth must consist of
         (a) at least one given name; and
         (b) a surname, which must not consist of more than four names.
[…]

Single name
3(9.4)    A child may be given a single name that is determined in accordance with the child’s traditional culture if
(a)       the person or persons registering the child’s birth provide the director with the prescribed evidence, if any; and
(b) the director approves the single name.
TraductionNom de l’enfant
3(9.1)             Sous réserve du paragraphe (9.4), le nom indiqué sur le bulletin d’enregistrement de naissance d’un enfant doit comporter au moins un prénom et un nom de famille, ce dernier devant être composé d’au plus quatre noms.
[…]

Nom unique
3(9.4)    Un nom unique déterminé conformément à la culture traditionnelle de l’enfant peut lui être donné si les conditions qui suivent sont réunies :
a)       la ou les personnes qui font enregistrer la naissance de l’enfant fournissent au directeur les éléments de preuve prévus par règlement, le cas échéant;
b) le directeur approuve le nom unique.
RévisionNom unique
3(9.4)    Le directeur peut, à sa discrétion, approuver un nom unique, déterminé selon la culture traditionnelle de l’enfant, si la ou les personnes qui font enregistrer la naissance lui fournissent les éléments de preuve prévus par règlement, le cas échéant.
Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/42-4/pdf/b236.pdf

Éviter d’utiliser un pronom pour viser un nom qui se trouve dans un complément déterminatif

Dans le passage « la culture traditionnelle de l’enfant peut lui être donné », « de l’enfant » détermine « culture »; l’usage du pronom lui peut difficilement viser un nom situé à l’intérieur d’un complément déterminatif et on évitera cet usage. Le lecteur peut même se demander si le mot visé ne se trouverait pas plutôt dans le paragraphe précédent. Une solution possible serait d’employer « peut être donné à ce dernier », « ce dernier » ne pouvant alors viser que le premier mot masculin qui précède. On décidera ensuite si ce choix est idéal dans le contexte, mais au moins, on aura éliminé l’ambiguïté.

Remplacer les mots tapageurs

Dans l’expression « déterminé conformément à la culture traditionnelle », « conformément à » prend ses aises : il est déjà difficile de placer ce passage obligatoire et lourd, s’il est possible de lui donner une empreinte moins large, on ne devrait pas s’en gêner. « selon », par exemple, ferait très bien l’affaire. N’hésitez pas à chercher les simplifications dans les passages lourds ou encombrants; le lecteur vous en remerciera.

Quand reformuler?

Vous constaterez que la révision proposée est une reformulation complète de la traduction qui nous a été soumise. Mais comment décide-t-on de complètement refaire une disposition? En effet, il n’est pas toujours simple pour le réviseur de décider d’opter pour une solution aussi drastique : si le traducteur a toute la liberté du monde pour tester les tournures qu’il veut, le réviseur doit pour sa part tenir compte du fait qu’il annule le travail du traducteur et qu’il s’immisce dans son œuvre, parfois sans en comprendre toutes les implications et sans connaître les raisonnements ou consultations qui auraient mené au texte à réviser. Néanmoins, si on cherche à créer le meilleur texte possible, il faut envisager cette option et savoir agir quand cette solution de phénix s’impose.

Les paragraphes qui suivent exposent les principaux éléments du texte — le sujet indéfini, la tournure passive, l’expression de l’intention et le contexte — qui, collectivement, viennent chacun ajouter un degré d’intensité à l’impératif de reformuler le tout ou, à tout le moins, de tenter de voir s’il ne dormirait pas dans l’ombre une meilleure formule qui ne cherche qu’à être réveillée. Souvent, il faudra d’abord tenter la reformulation avant de pouvoir établir qu’il existe effectivement un résultat plus heureux au détour. Vous devrez donc investir le temps nécessaire pour essayer quelques tournures — une douzaine pour moi, dans ce cas-ci. Pour ce qui est de savoir quand arrêter de chercher, le réviseur n’aura d’autre choix que de se fier à son instinct.

Explorons donc ensemble les éléments principaux qui nous ont mené à chercher une reformulation.

Sujets indéfinis et tournures passives

Il est parfois acceptable qu’une phrase débute par un article indéfini, mais il est sage de se questionner sur son bien-fondé quand on y recourt. Ici, il s’agit bien d’un seul « nom unique » et l’usage n’est pas fautif, mais à la révision, on se questionnera néanmoins sur son utilité. De plus, cet article indéfini est à la tête d’une tournure passive (« être donné »), ce qui rend le résultat d’autant moins heureux. Tâchez, tant à la traduction qu’à la révision, d’explorer les options possibles avant de conclure à l’usage d’un article indéfini en tête de phrase ou de recourir à une tournure passive, mais gardez quand même à l’esprit que ces outils rédactionnels demeurent à votre disposition et qu’ils sont parfois nécessaires ou inévitables.

Expression naturelle de l’intention du législateur

Faisons un survol de la forme que prend la disposition à réviser : une règle générale permet qu’un nom unique soit donné, des conditions sont ensuite établies dans des alinéas et l’ensemble des acteurs devant jouer un rôle pour réaliser la règle générale se trouvent dans ces alinéas. On peut d’emblée reconnaître que c’est bien la structure que l’anglais nous propose, et que ça ne peut forcément pas être si mal que ça…, mais est-ce vraiment le cas? Pourquoi ne pas plutôt rédiger une disposition qui dit directement qui peut faire quoi et à quelle condition? Peut-on faire mieux? Remettez toujours en question la structure que vous propose l’anglais, peu importe l’expérience du rédacteur qui l’a créée; faites-en de même face à la structure que le traducteur aura suivie, peu importe son expérience.

Faites un pas vers l’arrière et demandez-vous : Que dirait-on naturellement si on avait à présenter cette règle? La question peut sembler simple, mais la réponse invoque deux réalités immuables : vous ne pourrez jamais, dans un premier lieu, répondre sans avoir d’abord réfléchi suffisamment profondément à la disposition pour pouvoir cerner et intérioriser exactement l’intention législative qu’on cherche à exprimer et, d’autre part, vous ne pourrez pas savoir si une meilleure tournure existe tant que vous n’aurez pas retourné les idées sous tous les angles pour voir si les options qui se présentent à vous apportent une amélioration. Vous saurez que vous avez trouvé mieux quand vous aurez rédigé une solution plus claire, plus simple, plus directe, plus logique et, bien souvent, plus courte.

Le contexte est roi

On ne pourra comprendre une disposition législative sans en comprendre le contexte, tout comme on ne pourra pas non plus établir l’intention du législateur sans examiner le contexte. Le paragraphe (9.1) énonce une règle générale exigeant qu’un nom soit composé d’un prénom et d’un nom de famille, mais il énonce aussi qu’il existe une exception au paragraphe (9.4). Ainsi, quand vous rédigerez cette exception, il vous faut tenir compte de ce contexte et formuler l’exception de manière à ce qu’elle devienne une extension de la règle générale d’origine. Souvent, vous vous épargnerez bien des répétitions et gagnerez tout autant en clarté.

Aller à l’essence de la disposition pour mieux reformuler

Si on souhaite cerner l’intention du législateur, il faut d’abord aller à l’essence de la disposition. Le paragraphe (9.1) indique d’abord qu’il faut un prénom et un nom de famille, puis (9.4) permet un nom unique. C’est là l’essence de ces deux dispositions. Or, à (9.4), on nous présente également des conditions : le directeur doit approuver le nom et ceux qui enregistrent la naissance de l’enfant doivent soumettre certains éléments de preuve. Quand on se représente ainsi les éléments constitutifs de la disposition, on arrive assez facilement — non que ce soit toujours le cas! — à discerner qu’on permet au directeur d’approuver un nom unique et que la remise des documents constitue en fait la seule condition à cette approbation. La suite logique des idées nous amène alors directement à la révision proposée en début de document.

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