<strong>Stylistique comparée au petit-déjeuner</strong>

Stylistique comparée au petit-déjeuner

Qui n’a jamais lu (et relu) au petit-déjeuner l’emballage de son paquet de céréales ou de la brique de lait? Habitude d’enfant peut-être, ou sorte de compulsion de l’esprit qui lui aussi veut se mettre quelque chose sous la dent sûrement!

Voici donc que je me suis retrouvée fascinée devant le message publicitaire de mon lait végétal belge, message produit en néerlandais, anglais et français.

L’occasion inespérée de se rappeler quelques traits essentiels de stylistique anglais-français :

  1. L’hypotaxe/La parataxe
  2. La prosodie
  3. La dépersonnalisation (1re/3e personne)
Parce que (1 et 2) l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation, cela fait plus de 60 ans que XYZ (3) partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant.At XYZ, we have been sharing our expertise in organic vegan products for more than 60 years. Living in harmony with nature starts with better eating and respect for the living world and brings us and nature closer together.

L’hypotaxe/La parataxe

Hein quoi! Une phrase qui commence par « parce que »! Il est en effet possible d’utiliser cette conjonction de subordination en début de phrase lorsque celle-ci introduit le thème (ce dont on parle, souvent le sujet) et non le propos (ce qu’on en dit); la conjonction est alors antéposée. C’est un cas plus rare, mais qui permet un effet d’insistance sur le thème[1]. On remarque enfin en français que les deux informations sont subordonnées contrairement à l’anglais qui en fait deux phrases distinctes.

La prosodie

Imaginons ici que l’on renverse thème et propos : « Cela fait plus de 60 ans que XYZ partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant parce que l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation ». Le tout semble pataud. C’est parce que le rythme naturel du français est d’allonger la dernière partie du groupe de sens. Pensons par exemple aux phrases commençant par un verbe antéposé pour faire une inversion verbe-sujet : « Sont admissibles…. », « S’ajoute à cela », etc.

La dépersonnalisation

Par contamination de l’anglais, nous sommes presque habitués à des tournures comme « À ABC, nous […] ». Mais est-ce si naturel et élégant en français? Delisle nous rappelle qu’« il est fréquent que les rédacteurs anglo-saxons s’adressent directement à leurs lecteurs, là où un auteur de langue française préférera rester impersonnel[2] ». En fait, dans le cours Simplifier sans niveler par le bas (volet II), François Lavallée démontre qu’il est courant et naturel pour une entreprise de parler d’elle-même à la troisième personne en français. De fait, c’est ce qu’on voit ici. Et si on faisant la même chose dans nos traductions?


[1] Voir, p. ex., RIEGEL, PELLAT et RIOUL. Grammaire méthodique du français. PUF, 2021 : p. 850-851.

[2] DELISLE, Jean. La traduction raisonnée, 3e édition. Presses de l’Université d’Ottawa, 2013 : p. 537.

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