De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le traduire arrivent aisément.

Au quotidien, mon monde professionnel, c’est la traduction législative. Et la traduction législative, en fin de compte, c’est de la rédaction législative : on a beau se rappeler qu’on traduit des notions qui ne sont pas nôtres dans un texte dont l’organisation générale est hors de notre contrôle, la version française qui en résulte est entièrement l’ouvrage de notre propre créativité.

Depuis quelque temps, j’observe le travail de rédacteurs législatifs qui débutent dans le métier, et celui des traducteurs qui les suivent quelques pas derrière dans le procédé de traduction des textes de loi, et je constate à quel point il est à la fois difficile et crucial de cultiver sa capacité de percevoir, en premier lieu, puis de concrétiser, en second lieu, les liens sémantiques qui existent latents entre les idées qu’on cherche à exprimer.

Un peu comme les forces invisibles qui font osciller en tandem planètes et satellites, les idées flottent au-dessus de la page, s’attirent, se repoussent et s’entrechoquent jusqu’à ce qu’on saisisse au vol l’essence qui permet enfin de cimenter le rapport qui existe entre ces idées et de les situer avec précision dans l’esprit du lecteur.

Que ce soit en traduisant ou en révisant, je laisse bien souvent mon esprit papillonner jusqu’à ce qu’il reconnaisse et solidifie la matière sombre qui enveloppe les concepts présents dans le texte de départ, un peu comme quand le mot juste nous échappe depuis un peu trop longtemps, mais tout en accueillant ce moment d’incertitude qui annonce inévitablement l’eurêka tant attendu.

Ce lien en gestation est pourtant essentiel à l’expression efficace des idées. Sans ce lien, le rédacteur ou le traducteur cherche à agencer un ramassis d’idées informe qu’il rafistole à tâtons, sans jamais trouver ni satisfaction ni résolution et que, de toute façon, son lecteur aurait peiné à comprendre. Mais s’il arrive à cerner la nature de la relation entre ces idées, soudain son chemin s’éclaire et la destination se révèle. Et son lecteur suivra ses pas sans se douter des efforts qui lui auront aplani le chemin.

Je vous laisse sur ces sages paroles de Nicolas Boileau :

Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

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