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  • Pour ceux et celles qui aiment les langues

    Qu’ont en commun les formatrices et formateurs de Magistrad? Ces sont des gens passionnés par la langue, ou plutôt les langues! C’est de leur passion qu’est né ce blogue, destiné à la découverte, au partage du savoir et à la circulation des idées sur une foule de sujets aussi intéressants que variés. Nous espérons que vous y trouverez de quoi satisfaire votre soif de connaissances, alimenter votre réflexion et nourrir votre propre créativité!

  • De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

    De l’établissement des liens sémantiques entre les idées

    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le traduire arrivent aisément.

    Au quotidien, mon monde professionnel, c’est la traduction législative. Et la traduction législative, en fin de compte, c’est de la rédaction législative : on a beau se rappeler qu’on traduit des notions qui ne sont pas nôtres dans un texte dont l’organisation générale est hors de notre contrôle, la version française qui en résulte est entièrement l’ouvrage de notre propre créativité.

    Depuis quelque temps, j’observe le travail de rédacteurs législatifs qui débutent dans le métier, et celui des traducteurs qui les suivent quelques pas derrière dans le procédé de traduction des textes de loi, et je constate à quel point il est à la fois difficile et crucial de cultiver sa capacité de percevoir, en premier lieu, puis de concrétiser, en second lieu, les liens sémantiques qui existent latents entre les idées qu’on cherche à exprimer.

    Un peu comme les forces invisibles qui font osciller en tandem planètes et satellites, les idées flottent au-dessus de la page, s’attirent, se repoussent et s’entrechoquent jusqu’à ce qu’on saisisse au vol l’essence qui permet enfin de cimenter le rapport qui existe entre ces idées et de les situer avec précision dans l’esprit du lecteur.

    Que ce soit en traduisant ou en révisant, je laisse bien souvent mon esprit papillonner jusqu’à ce qu’il reconnaisse et solidifie la matière sombre qui enveloppe les concepts présents dans le texte de départ, un peu comme quand le mot juste nous échappe depuis un peu trop longtemps, mais tout en accueillant ce moment d’incertitude qui annonce inévitablement l’eurêka tant attendu.

    Ce lien en gestation est pourtant essentiel à l’expression efficace des idées. Sans ce lien, le rédacteur ou le traducteur cherche à agencer un ramassis d’idées informe qu’il rafistole à tâtons, sans jamais trouver ni satisfaction ni résolution et que, de toute façon, son lecteur aurait peiné à comprendre. Mais s’il arrive à cerner la nature de la relation entre ces idées, soudain son chemin s’éclaire et la destination se révèle. Et son lecteur suivra ses pas sans se douter des efforts qui lui auront aplani le chemin.

    Je vous laisse sur ces sages paroles de Nicolas Boileau :

    Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
    Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
    L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
    Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.
  • Quelles sont les caractéristiques d’un texte fluide?

    Quelles sont les caractéristiques d’un texte fluide?

    Quand je lis un bon texte, je reconnais qu’il est fluide. Je le sais, j’en fais l’expérience; j’en jubile parfois. Mais, si on me demande d’expliquer cette fluidité, j’hésite. La fluidité d’un texte c’est comme l’amour ou la beauté : plus facile à reconnaître qu’à expliquer.

    Pourtant, il faut bien comprendre un peu cette fluidité si nous voulons améliorer nos textes. C’est ce que je tente ici.

    Je ne prétends pas donner une explication exhaustive ou définitive de la fluidité ni percer le mystère des chefs-d’œuvre de la littérature. Je cherche simplement comment bonifier les textes que nous écrivons tous les jours au travail : courriels, rapports, dépliants, brochures, etc.

    Fluidité : cohésion, progression, clarté et légèreté

    Je tente une définition. Un texte est fluide par l’effet conjugué de :

    • sa cohésion,
    • sa progression,
    • sa clarté,
    • sa légèreté.

    Avant de préciser chacun de ces aspects, il est utile de distinguer les idées et l’écriture ou, pour le dire autrement, le fond et la forme, ou encore, ce qu’on dit et la manière de le dire. J’utilise ici le mot idée en lui donnant un sens large qui englobe les concepts et les sentiments; les idées complexes autant que les idées noires…

    Voyons d’abord comment cette distinction idées-écriture s’applique à la cohésion du texte.

    Cohésion : les liens solides entre les idées

    La cohésion est un « lien logique solide entre les parties d’une pensée, d’un ouvrage, d’un texte » (Usito). Puisque c’est une affaire de pensée, c’est donc une affaire d’idées. La Banque de dépannage linguistique précise d’ailleurs que « c’est d’abord le lien entre les idées qui assure la cohésion d’un texte.»

    La cohésion est aussi une question d’écriture. Les charnières explicites et implicites y contribuent. Ces en conséquence, d’une part… d’autre part, à l’inverse, en définitive et les dizaines d’autres charnières explicites établissent clairement les relations entre les idées, entre les parties du texte. Les charnières implicites (articles définis, adjectifs démonstratifs et possessifs, pronoms, adverbes) font le même travail, comme on le constate dans les phrases suivantes (où elles sont en caractère gras).

    • À toute heure, le locataire du 304 fait jouer sa musique à tue-tête. Ses voisins sont exaspérés.
    • Tu ne connais pas le Grand marché? On y trouve beaucoup d’agriculteurs de la région.

    En précisant les différents « synonymes » du mot charnière, Antidote[1] montre bien qu’il s’agit d’un élément clé de la cohésion : « Selon le contexte théorique, le mot charnière peut aussi être désigné par les expressions marqueur (de relation), organisateur textuel, mot lien ou connecteur. »

    Mais il n’y a pas que les mots qui assurent la cohésion des idées. Les signes de ponctuation servent aussi à « marquer… certains liens logiques[2] ». En voici quelques exemples tirés de la 16e édition du Bon usage :

    • l’alinéa marque le passage « d’un groupe d’idées à un autre[3] »;
    • la virgule est placée entre des éléments coordonnés ou subordonnés[4];
    • le point-virgule « unit des phrases grammaticalement complètes, mais logiquement associées[5] », « son rôle est surtout logique[6] »;
    • les deux points « annoncent l’analyse, l’explication, la cause, la conséquence, la synthèse de ce qui précède (c’est un moyen précieux pour suggérer certains rapports logiques)[7] »

    Bref, la cohésion c’est un lien entre les idées qui est intelligible par les lectrices et lecteurs et qui s’établit d’abord par les relations des idées entre elles, mais aussi, lorsque nécessaire, par les charnières explicites et implicites, et souvent par la ponctuation.

    On pourrait aussi ajouter les intertitres à cette liste d’éléments connecteurs.

    La cohésion en termes liquides

    Les explications qui précèdent sont données sans référence à l’eau alors qu’il est question de fluidité, une propriété des liquides. Qu’est-ce que la cohésion en termes liquides? Permettez-moi une anecdote. Quand elle était enfant, ma fille m’avait dit, pendant qu’elle s’amusait dans une piscine : « Quand on se baigne, il n’y a pas de trou dans l’eau, l’eau est collée sur nous. »

    La cohésion est une pensée sans trous. Dans un texte cohérent, tout se tient, comme les gouttes d’eau dans la piscine.

    Mais la fluidité d’un texte s’apparente davantage à une rivière qu’à une piscine. Cette rivière, c’est le flot continu d’idées qui suivent leur cours en passant sous les yeux et dans l’esprit des personnes qui lisent. Ce qui nous amène à la progression.

    Progression : une pensée qui avance

    En lisant le roman de Bernard Pivot sur la vieillesse, j’ai souvent trouvé des exemples de cette progression des idées qui contribue à la fluidité. Je vous en donne un.

    Le narrateur est un octogénaire qui rencontre régulièrement ses amis du même âge dans différentes activités sociales. Quand il dit « nous », c’est à ce groupe qu’il se réfère. Le paragraphe qui m’intéresse parle des privilèges de la vieillesse. Le voici. J’y ai ajouté deux courtes parenthèses pour la clarté.

    « Reste que le privilège [de la vieillesse] que nous apprécions le plus, c’est d’être toujours en vie. On en a perdu en route [des amis]. Ils n’étaient ni meilleurs ni moins méritants que nous. Leur billet n’était pas de longue durée. Quand ils ont découvert, dans leur sac ou dans leur poche, le bon de sortie, c’était trop tard. Nous, ça va. À peu près. “Touche du bois”, me dit Octo à chaque fois. Notre petit groupe de vieux amis a la chance de ne compter que des hommes et des femmes sur pied, ni cloués au lit ni assis dans un fauteuil, roulant ou pas. »

    Trois choses me frappent dans ce paragraphe :

    • la pensée se déroule et avance au fil des idées apportées par chaque phrase (c’est précisément cela la progression);
    • il n’y a que des charnières implicites (c’est peut-être plus facile dans un roman que dans un document administratif);
    • le rythme change grâce à l’alternance de phrases longues et courtes qui créent respectivement un sentiment de ralentissement et d’accélération.

    La progression des idées n’empêche pas :

    • de formuler la même idée de différentes manières pour la faire comprendre (parce qu’elle est complexe ou subtile, par exemple);
    • de répéter les mêmes expressions à quelques phrases d’intervalle parce qu’elles se seront chargées de sens entre les deux occurrences.

    La progression du texte relève autant de la succession des idées que de l’écriture avec, peut-être, qu’en pensez-vous? une prépondérance des idées.

    La clarté : des idées faciles à comprendre

    J’aurais pu nommer la clarté comme première caractéristique de la fluidité puisqu’il ne suffit pas que les idées du texte soient liées logiquement et naturellement entre elles pour qu’il soit fluide. Il ne suffit pas non plus que les idées assurent une progression de la pensée. Il faut aussi qu’elles soient claires, faciles à comprendre, rapidement assimilables. Un texte fluide est une succession d’idées claires qui font cheminer les lectrices et les lecteurs.

    Que se passe-t-il quand, comme lectrice ou lecteur, nous butons sur une phrase ou une succession de phrases obscures? Soit nous poursuivons la lecture en espérant comprendre plus loin, soit nous relisons plus lentement cette partie obscure du texte et tentons de voir comment cela se rattache à ce qui précède. Dans les pires cas, cette partie du texte contenait une idée majeure qui nous échappera jusqu’à la fin de notre lecture et nous n’aurons pas compris, ou seulement à moitié, ce qu’on voulait nous dire.

    La clarté n’exclut pas la complexité. Un texte, dans son ensemble, peut exposer une pensée complexe, élaborée, profonde, voire ardue, mais s’il est fluide, et donc clair, cette pensée sera développée graduellement par une succession de phrases claires. C’est la progression des idées qui nous fera entrer dans la complexité.

    La légèreté : que le nécessaire

    La légèreté dont je veux parler ici est celle de l’écriture, pas celle des idées. On peut tenir des propos sérieux, avec une écriture légère. Au risque de trop simplifier, je qualifierais ainsi cette légèreté de l’écriture : pas un mot de trop. Ou, pour être plus précis, tous les mots nécessaires, aucun mot superflu.

    Parmi les différentes significations de l’adjectif lourd, le dictionnaire Usito consigne notamment celle-ci : « Qui comporte des répétitions ou des longueurs qui gênent la fluidité de l’œuvre, en parlant d’un style, d’un écrit. »

    Je suis toujours étonné, quand je révise les textes que j’écris, par le nombre de mots que je peux supprimer sans gâcher une phrase, sans en perdre de sens. Disons-le positivement : pour rendre la phrase plus légère, il suffit souvent d’enlever quelques mots. Quand on sarcle ces mauvaises herbes à la grandeur du texte, on obtient des plates-bandes pas mal plus jolies pour l’œil et l’esprit. À ce jardinage,

    • le spécialiste en matière d’environnement
      devient
      un spécialiste en environnement;
    • monsieur Bédard qui agissait à titre de porte-parole
      devient
      monsieur Bédard, porte-parole.

    Si on ne se contente pas d’élaguer, mais qu’on reformule, on peut aller très loin. À partir d’un premier jet formulé ainsi :

    • Du côté d’Étienne, il fait partie de la troisième génération de producteurs de légumes. C’est un jeune homme qui est diagnostiqué depuis quelques années d’une maladie orpheline qui lui laisse peu d’énergie, ce qui ne l’empêche pas d’être au travail chaque matin et d’accomplir les tâches multiples, variées et éreintantes incontournables sur une ferme.

    On peut obtenir :

    • Étienne appartient à la troisième génération de maraîchers. Il est jeune, mais atteint d’une maladie orpheline qui lui laisse peu d’énergie, mais ne l’empêche pas d’accomplir chaque jour les exigeantes tâches de la ferme.

    Bref, un style aisé, facile et naturel

    On parle de fluidité du texte ou de style coulant. C’est la même chose. Le dictionnaire Usito attribue trois qualités à ce style. Il est aisé, facile et naturel. C’est une bonne façon de résumer les choses. Cela nous situe clairement du côté des lectrices et des lecteurs et du sentiment qu’ils éprouvent en lisant, même un texte costaud.

    Mais si c’est aisé pour les personnes qui lisent, cela ne signifie pas pour autant que ce fut facile à écrire. Aisance de la lecture n’est pas nécessairement aisance de la rédaction[8].


    [1] Antidote est un logiciel québécois d’aide à la rédaction produit par Druide informatique.

    [2] GREVISSE, Maurice et GOOSE, André, Le bon usage, 16e édition, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2016, page 126.

    [3] id., page 128.

    [4] Pour pousser un brin plus loin la réflexion sur la virgule comme charnière implicite, je vous suggère, sur ce blogue, le billet de Caroline Tremblay intitulé De l’utilité de la virgule devant le « et » en français comme charnière implicite.

    [5] GREVISSE, Maurice et GOOSE, André, Le bon usage, 16e édition, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2016, page 142.

    [6] id., page 141.

    [7] id., page 142.

    [8] Easy reading is damn hard writing, Nathaniel Hawthorne, écrivain américain, 1804-1864.

  • Stylistique comparée au petit-déjeuner

    Stylistique comparée au petit-déjeuner

    Qui n’a jamais lu (et relu) au petit-déjeuner l’emballage de son paquet de céréales ou de la brique de lait? Habitude d’enfant peut-être, ou sorte de compulsion de l’esprit qui lui aussi veut se mettre quelque chose sous la dent sûrement!

    Voici donc que je me suis retrouvée fascinée devant le message publicitaire de mon lait végétal belge, message produit en néerlandais, anglais et français.

    L’occasion inespérée de se rappeler quelques traits essentiels de stylistique anglais-français :

    1. L’hypotaxe/La parataxe
    2. La prosodie
    3. La dépersonnalisation (1re/3e personne)
    Parce que (1 et 2) l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation, cela fait plus de 60 ans que XYZ (3) partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant.At XYZ, we have been sharing our expertise in organic vegan products for more than 60 years. Living in harmony with nature starts with better eating and respect for the living world and brings us and nature closer together.

    L’hypotaxe/La parataxe

    Hein quoi! Une phrase qui commence par « parce que »! Il est en effet possible d’utiliser cette conjonction de subordination en début de phrase lorsque celle-ci introduit le thème (ce dont on parle, souvent le sujet) et non le propos (ce qu’on en dit); la conjonction est alors antéposée. C’est un cas plus rare, mais qui permet un effet d’insistance sur le thème[1]. On remarque enfin en français que les deux informations sont subordonnées contrairement à l’anglais qui en fait deux phrases distinctes.

    La prosodie

    Imaginons ici que l’on renverse thème et propos : « Cela fait plus de 60 ans que XYZ partage son expertise et vous propose avec la même conviction des produits bio et végan dans le respect du monde vivant parce que l’art de vivre en harmonie passe par une bonne alimentation ». Le tout semble pataud. C’est parce que le rythme naturel du français est d’allonger la dernière partie du groupe de sens. Pensons par exemple aux phrases commençant par un verbe antéposé pour faire une inversion verbe-sujet : « Sont admissibles…. », « S’ajoute à cela », etc.

    La dépersonnalisation

    Par contamination de l’anglais, nous sommes presque habitués à des tournures comme « À ABC, nous […] ». Mais est-ce si naturel et élégant en français? Delisle nous rappelle qu’« il est fréquent que les rédacteurs anglo-saxons s’adressent directement à leurs lecteurs, là où un auteur de langue française préférera rester impersonnel[2] ». En fait, dans le cours Simplifier sans niveler par le bas (volet II), François Lavallée démontre qu’il est courant et naturel pour une entreprise de parler d’elle-même à la troisième personne en français. De fait, c’est ce qu’on voit ici. Et si on faisant la même chose dans nos traductions?


    [1] Voir, p. ex., RIEGEL, PELLAT et RIOUL. Grammaire méthodique du français. PUF, 2021 : p. 850-851.

    [2] DELISLE, Jean. La traduction raisonnée, 3e édition. Presses de l’Université d’Ottawa, 2013 : p. 537.

  • Révision commentée n° 5

    Révision commentée n° 5

    Le dernier article de notre série de révisions commentées vous en donne pour votre argent! On y traite dans le menu détail ― mais toujours avec humour! ― de la révision de la note explicative d’un projet de loi, mais également des facteurs émotionnels et relationnels qui entrent en jeu quand s’entrechoquent les intérêts parfois opposés du traducteur, du réviseur, du donneur d’ouvrage et du lecteur. Parmi la myriade de stratégies abordées, notons :

    • séparer les étapes d’analyse pour y voir plus clair;
    • rédiger et réorganiser pour servir le message;
    • scruter l’âme de son traducteur;
    • gérer la confiance et le bien-être de son lecteur;
    • survivre aux exigences du client et panser ses plaies;
    • éliminer les ambiguïtés, couper dans le gras, gérer ses pronoms et bien d’autres encore!

    Merci à celles et à ceux qui nous ont suivi tout au cours de la série. Comme toujours, vos commentaires, critiques et suggestions sont les bienvenus! Au plaisir de vous lire!

    Anglais1This Bill makes several amendments to The Police Services Act.
    2The Manitoba Criminal Intelligence Centre (« MCIC ») is established. The MCIC is a specialized office staffed with criminal intelligence experts who work with police services and other law-enforcement-related organizations to develop their criminal intelligence collection and analysis capacity. The MCIC also promotes and co-ordinates the sharing of criminal intelligence. The MCIC operates under the direction of the criminal intelligence director, a new position.
    3The Director of Policing may establish standards respecting police service operations, facilities and equipment. The criminal intelligence director is responsible for creating standards dealing with criminal intelligence. The Manitoba Police Commission monitors police service compliance with policing standards.
    4A code of conduct for police officers in Manitoba police services may be established by the Director of Policing. The chief of a police service must provide the Director of Policing with a report on each contravention of the code of conduct by a police officer.
    5The Law Enforcement Review Act is also amended by this Bill to extend the time for filing complaints under that Act from 30 days to 180 days.
    6Consequential amendments are made to several Acts.
    Traduction1Le présent projet de loi modifie la Loi sur les services de police.
    2Ainsi, le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué. Le Centre est un bureau spécialisé composé d’experts dans le domaine des renseignements sur les activités criminelles qui travaillent avec les services de polices et les autres organismes d’application de la loi au Manitoba en vue du développement de leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles.
    3De plus, le Centre promouvra et coordonnera l’échange des renseignements sur les activités criminelles. Sa direction relève du directeur des renseignements sur les activités criminelles dont le poste est créé par le présent projet de loi.
    4De plus, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir des normes applicables aux activités, aux installations et à l’équipement des services de police. Le directeur des renseignements sur les activités criminelles est chargé d’établir des normes applicables aux renseignements sur les activités criminelles. La Commission de police du Manitoba surveillera l’observation des normes de maintien de l’ordre par les services de police.
    5En outre, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir un code de déontologie à l’intention des agents de police des services de police de la province. Le chef d’un service de police remet au directeur du Maintien de l’ordre un rapport sur chaque contravention au code de déontologie que commentent les agents de police du service.
    6Le présent projet de loi modifie la Loi sur les enquêtes relatives à l’application de la loi pour porter de 30 à 180 jours le délai qui s’applique au dépôt de plaintes.
    7Enfin, des modifications corrélatives sont apportées à plusieurs lois.
    Révision1Le présent projet de loi apporte plusieurs modifications à la Loi sur les services de police.
    2Le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué et la direction de ce bureau spécialisé relève d’un nouveau poste, celui de directeur des renseignements sur les activités criminelles. Le Centre emploie des experts chargés de travailler de concert avec les services de police et les autres organismes en lien avec l’application de la loi dans le but d’aider ces services et ces organismes à développer leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles. Le Centre encouragera et coordonnera l’échange de ce type de renseignements.
    3De plus, le directeur du Maintien de l’ordre peut établir des normes applicables aux activités, aux installations et à l’équipement des services de police et la Commission de police du Manitoba en surveillera l’observation. Le directeur des renseignements sur les activités criminelles, pour sa part, établira les normes applicables aux renseignements sur les activités criminelles.
    4Le directeur du Maintien de l’ordre peut en outre établir un code de déontologie à l’intention des agents de police. Les chefs de police doivent lui remettre un rapport chaque fois que les agents de police de leur service y contreviennent.
    5Enfin, le présent projet de loi modifie la Loi sur les enquêtes relatives à l’application de la loi pour porter de 30 à 180 jours le délai qui s’applique au dépôt de plaintes et des modifications corrélatives sont également apportées à plusieurs lois.
    Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/42-4/pdf/b030.pdf

    Séparer les étapes d’analyse pour y voir plus clair

    À la première lecture, le texte semble d’ores et déjà nous dire qu’il est à l’étroit dans ses habits et on ne peut s’empêcher de se demander si un remaniement ne lui permettrait pas de mieux respirer. Il serait cruel d’ignorer la détresse d’un texte qui nous susurre son besoin d’être reformulé. Bien que la traduction de textes de loi nous laisse souvent bien peu de latitude quant au choix des idées à exprimer, nous avons en revanche le devoir de chercher à les présenter de la façon la plus intelligible possible. À plus forte raison dans les notes explicatives, où l’accessibilité et le souci du lecteur priment.

    On prendra d’abord le soin d’analyser la traduction pour s’assurer que tous les éléments de sens de l’anglais s’y trouvent. On pourra ainsi mettre cet aspect de côté et mieux diriger son attention vers la rédaction. Analyser trop d’aspects en même temps crée une charge mentale qui épaissit le brouillard et on ne voit plus son chemin. Après avoir établi le sens, vous vous sentirez souvent davantage de liberté et de maîtrise au moment du remaniement et votre conquête n’en sera que plus efficace.

    Donc, hormis quelques éléments mineurs qu’il nous faudra corriger, maintenant qu’on a établi que le sens y est et que la terminologie du projet de loi est bien appliquée, on peut se tourner vers le sujet principal de la présente note (***gros plan dramatique***) : LA RÉORGANISATION DES IDÉES!

    Rédiger pour répondre à ses besoins

    Lorsqu’un élément est difficile à intégrer dans une phrase mais qu’il doit être rendu, les traducteurs oublient parfois que si aucune solution simple et élégante ne s’impose pas, il faudra plutôt remanier le reste de la phrase de manière à nous guider sans accrocs à l’idée qui importe.

    Une des principales raisons qui ont amené le réviseur à chercher à remanier la note explicative, c’est justement que les termes qui s’y trouvent sont lourds et difficiles à porter. Il fallait donc rédiger l’ensemble de la note de façon à bien les mettre en vedette tout en leur donnant une place et un poids plus appropriés. De toute évidence, on n’a pas pu atteindre ce but en s’en tenant à la structure de l’anglais. Notre réalité est différente et il fallait en tenir compte.

    Offrons-nous donc une vue d’ensemble sur l’ampleur du défi en dressant tout de suite la liste de quelques-uns des termes qui ont été fixés dans le projet de loi et que nous serons généralement tenus d’employer dans la note :

    criminal intelligence directordirecteur des renseignements sur les activités criminelles
    criminel intelligencerenseignements sur les activités criminelles
    Director of Policingdirecteur du Maintien de l’ordre
    Manitoba Criminal Intelligence CentreCentre manitobain de renseignements sur les activités criminelles
    Manitoba Police CommissionCommission de police du Manitoba
    policing standardsnormes de maintien de l’ordre

    D’emblée, deux défis s’esquissent à l’horizon : 1) les termes employés en français sont beaucoup plus longs qu’en anglais (du double!) et 2) on a deux directeurs dont les noms sont relativement différents en anglais mais de structure semblable en français. Il sera donc particulièrement important de bien placer ces éléments de manière à limiter les répétitions interminables et à maintenir une opposition claire entre les termes semblables. Ce défi peut sembler simple en soi, mais il est suffisamment important pour qu’il s’agisse du principal objectif de notre reformulation.

    Si l’anglais se complaît dans la répétition, il a l’avantage de pouvoir justifier son vice en s’exécutant en peu de syllabes et devant un public habitué. Or les termes équivalents en français sont ici plus lourds à porter, d’autant plus que notre lecteur s’attend à mieux et qu’on dispose d’un arsenal plus riche pour éviter les répétitions. Ainsi, notre remaniement devra bien sûr être guidé par la logique des idées, mais aussi par la nécessité d’agencer judicieusement les mots qui les véhiculent. Puisque cette difficulté n’est pas présente dans l’anglais, il nous faut adopter une stratégie différente en français.

    La table étant mise, attaquons-nous maintenant au texte, paragraphe par paragraphe.

    Paragraphe 1

    Anglais1[…] makes several amendments to […].
    Traduction1[…] modifie […].
    Révision1[…] apporte plusieurs modifications à […].

    Cette correction peut sembler toute simple, mais la raison pour laquelle la révision a choisi de rester plus près de l’anglais n’est pas anodine : cette mise en scène permet déjà au lecteur de se mettre dans le bon état d’esprit en s’attendant à se voir présenter plusieurs idées.

    Cette correction vous met vous aussi dans le bon état d’esprit puisque chercher la meilleure façon de guider le lecteur dans la bonne direction avec le moins d’effort possible sera le fil conducteur de nos discussions.

    Paragraphe 2

    Anglais2The Manitoba Criminal Intelligence Centre (« MCIC ») is established. The MCIC is a specialized office staffed with criminal intelligence experts who work with police services and other law-enforcement-related organizations to develop their criminal intelligence collection and analysis capacity. The MCIC also promotes and co-ordinates the sharing of criminal intelligence. The MCIC operates under the direction of the criminal intelligence director, a new position.
    Traduction2Ainsi, le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué. Le Centre est un bureau spécialisé composé d’experts dans le domaine des renseignements sur les activités criminelles qui travaillent avec les services de polices et les autres organismes d’application de la loi au Manitoba en vue du développement de leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles.
    3De plus, le Centre promouvra et coordonnera l’échange des renseignements sur les activités criminelles. Sa direction relève du directeur des renseignements sur les activités criminelles dont le poste est créé par le présent projet de loi.
    Révision2Le Centre manitobain de renseignements sur les activités criminelles est constitué et la direction de ce bureau spécialisé relève d’un nouveau poste, celui de directeur des renseignements sur les activités criminelles. Le Centre emploie des experts chargés de travailler de concert avec les services de police et les autres organismes en lien avec l’application de la loi dans le but d’aider ces services et ces organismes à développer leurs capacités en matière de collecte et d’analyse de renseignements sur les activités criminelles. Le Centre encouragera et coordonnera l’échange de ce type de renseignements.

    Division des paragraphes

    Constatons d’entrée de jeu que la traduction a recours à deux paragraphes alors que l’anglais n’en a qu’un seul … mais pourquoi? Le réviseur a beau chercher à sonder les profondeurs de l’âme du traducteur, en l’absence d’explications, il ne peut qu’en deviner les motifs. Peu importe, le réviseur doit quand même se poser la question, y réfléchir et trancher puisqu’il devra soit valider le choix du traducteur, soit justifier sa décision de s’en éloigner. Scinder ou ne pas scinder, là est la question…

    On pourra envisager de scinder un paragraphe quand les idées exprimées sont suffisamment différentes ou disjointes pour le justifier, mais ici, les paragraphes 2, 3 et 4 de l’anglais présentent chacun des sujets distincts et on vient créer un déséquilibre en français en insérant un paragraphe 3. On se retrouverait avec deux paragraphes sur le même sujet (2 et 3) puis deux autres paragraphes sur deux autres sujets. On pourra revoir la pertinence de scinder le paragraphe après notre reformulation — puisque c’est bien dans cet ordre qu’on devrait habituellement procéder —, mais au premier regard, il semble qu’on aurait d’abord avantage à tenter de regrouper l’information de l’anglais dans une suite d’idées se déclinant logiquement et doucement sur le long fleuve tranquille d’un même et seul paragraphe. Il est d’ailleurs beaucoup plus fréquent que le français regroupe deux paragraphes en un que l’inverse, bien qu’on rencontre effectivement les deux cas de figure.

    Voyager sans perdre ses bagages

    La révision a fait subir une cure de rajeunissement substantielle au paragraphe 2, à tel point qu’il risque de ne plus se reconnaître dans le miroir. Mais une telle cure n’est pas sans risque : sans s’imposer certaines mesures de sécurité, à force de mélanger les cartes, le roi de cœur risque de devenir un deux de pique.

    Les traducteurs souffrent bien souvent d’une anxiété débilitante à l’idée de s’éloigner de la structure de l’anglais, de crainte que cette migration leur fasse perdre des éléments de sens; or, si on souhaite aspirer à une certaine liberté face à l’anglais, il nous faut des outils nous permettant d’assurer qu’aucun élément de sens n’a raté sa correspondance. Donnons-nous donc, de ce pas, la quiétude d’esprit de savoir que la totalité des idées demeurent présentes, qu’on puisse passer à autre chose.

    Afin de bien repérer l’emplacement des diverses idées avant et après le grand dérangement, […]

    Consulter le PDF pour lire la suite de l’article. 

  • Révision commentée n° 4

    Révision commentée n° 4

    Je vous souhaite la rebienvenue à notre série de révisions commentées! Semaine 4 déjà! Merci à tous ceux qui nous suivent assidûment! Cette semaine au menu : pronoms, mots tapageurs, reformulation, tournures passives, expression naturelle et contexte! Comme toujours, prenez le temps de bien réviser le texte vous-même d’abord, histoire de tirer le maximum de notre discussion. À table!

    Le texte en gris est nécessaire à la révision, mais n’en fait pas partie.

    AnglaisName of child
    3(9.1)     Subject to subsection (9.4), the name of a child shown on the registration of the child’s birth must consist of
             (a) at least one given name; and
             (b) a surname, which must not consist of more than four names.
    […]

    Single name
    3(9.4)    A child may be given a single name that is determined in accordance with the child’s traditional culture if
    (a)       the person or persons registering the child’s birth provide the director with the prescribed evidence, if any; and
    (b) the director approves the single name.
    TraductionNom de l’enfant
    3(9.1)             Sous réserve du paragraphe (9.4), le nom indiqué sur le bulletin d’enregistrement de naissance d’un enfant doit comporter au moins un prénom et un nom de famille, ce dernier devant être composé d’au plus quatre noms.
    […]

    Nom unique
    3(9.4)    Un nom unique déterminé conformément à la culture traditionnelle de l’enfant peut lui être donné si les conditions qui suivent sont réunies :
    a)       la ou les personnes qui font enregistrer la naissance de l’enfant fournissent au directeur les éléments de preuve prévus par règlement, le cas échéant;
    b) le directeur approuve le nom unique.
    RévisionNom unique
    3(9.4)    Le directeur peut, à sa discrétion, approuver un nom unique, déterminé selon la culture traditionnelle de l’enfant, si la ou les personnes qui font enregistrer la naissance lui fournissent les éléments de preuve prévus par règlement, le cas échéant.
    Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/42-4/pdf/b236.pdf

    Éviter d’utiliser un pronom pour viser un nom qui se trouve dans un complément déterminatif

    Dans le passage « la culture traditionnelle de l’enfant peut lui être donné », « de l’enfant » détermine « culture »; l’usage du pronom lui peut difficilement viser un nom situé à l’intérieur d’un complément déterminatif et on évitera cet usage. Le lecteur peut même se demander si le mot visé ne se trouverait pas plutôt dans le paragraphe précédent. Une solution possible serait d’employer « peut être donné à ce dernier », « ce dernier » ne pouvant alors viser que le premier mot masculin qui précède. On décidera ensuite si ce choix est idéal dans le contexte, mais au moins, on aura éliminé l’ambiguïté.

    Remplacer les mots tapageurs

    Dans l’expression « déterminé conformément à la culture traditionnelle », « conformément à » prend ses aises : il est déjà difficile de placer ce passage obligatoire et lourd, s’il est possible de lui donner une empreinte moins large, on ne devrait pas s’en gêner. « selon », par exemple, ferait très bien l’affaire. N’hésitez pas à chercher les simplifications dans les passages lourds ou encombrants; le lecteur vous en remerciera.

    Quand reformuler?

    Vous constaterez que la révision proposée est une reformulation complète de la traduction qui nous a été soumise. Mais comment décide-t-on de complètement refaire une disposition? En effet, il n’est pas toujours simple pour le réviseur de décider d’opter pour une solution aussi drastique : si le traducteur a toute la liberté du monde pour tester les tournures qu’il veut, le réviseur doit pour sa part tenir compte du fait qu’il annule le travail du traducteur et qu’il s’immisce dans son œuvre, parfois sans en comprendre toutes les implications et sans connaître les raisonnements ou consultations qui auraient mené au texte à réviser. Néanmoins, si on cherche à créer le meilleur texte possible, il faut envisager cette option et savoir agir quand cette solution de phénix s’impose.

    Les paragraphes qui suivent exposent les principaux éléments du texte — le sujet indéfini, la tournure passive, l’expression de l’intention et le contexte — qui, collectivement, viennent chacun ajouter un degré d’intensité à l’impératif de reformuler le tout ou, à tout le moins, de tenter de voir s’il ne dormirait pas dans l’ombre une meilleure formule qui ne cherche qu’à être réveillée. Souvent, il faudra d’abord tenter la reformulation avant de pouvoir établir qu’il existe effectivement un résultat plus heureux au détour. Vous devrez donc investir le temps nécessaire pour essayer quelques tournures — une douzaine pour moi, dans ce cas-ci. Pour ce qui est de savoir quand arrêter de chercher, le réviseur n’aura d’autre choix que de se fier à son instinct.

    Explorons donc ensemble les éléments principaux qui nous ont mené à chercher une reformulation.

    Sujets indéfinis et tournures passives

    Il est parfois acceptable qu’une phrase débute par un article indéfini, mais il est sage de se questionner sur son bien-fondé quand on y recourt. Ici, il s’agit bien d’un seul « nom unique » et l’usage n’est pas fautif, mais à la révision, on se questionnera néanmoins sur son utilité. De plus, cet article indéfini est à la tête d’une tournure passive (« être donné »), ce qui rend le résultat d’autant moins heureux. Tâchez, tant à la traduction qu’à la révision, d’explorer les options possibles avant de conclure à l’usage d’un article indéfini en tête de phrase ou de recourir à une tournure passive, mais gardez quand même à l’esprit que ces outils rédactionnels demeurent à votre disposition et qu’ils sont parfois nécessaires ou inévitables.

    Expression naturelle de l’intention du législateur

    Faisons un survol de la forme que prend la disposition à réviser : une règle générale permet qu’un nom unique soit donné, des conditions sont ensuite établies dans des alinéas et l’ensemble des acteurs devant jouer un rôle pour réaliser la règle générale se trouvent dans ces alinéas. On peut d’emblée reconnaître que c’est bien la structure que l’anglais nous propose, et que ça ne peut forcément pas être si mal que ça…, mais est-ce vraiment le cas? Pourquoi ne pas plutôt rédiger une disposition qui dit directement qui peut faire quoi et à quelle condition? Peut-on faire mieux? Remettez toujours en question la structure que vous propose l’anglais, peu importe l’expérience du rédacteur qui l’a créée; faites-en de même face à la structure que le traducteur aura suivie, peu importe son expérience.

    Faites un pas vers l’arrière et demandez-vous : Que dirait-on naturellement si on avait à présenter cette règle? La question peut sembler simple, mais la réponse invoque deux réalités immuables : vous ne pourrez jamais, dans un premier lieu, répondre sans avoir d’abord réfléchi suffisamment profondément à la disposition pour pouvoir cerner et intérioriser exactement l’intention législative qu’on cherche à exprimer et, d’autre part, vous ne pourrez pas savoir si une meilleure tournure existe tant que vous n’aurez pas retourné les idées sous tous les angles pour voir si les options qui se présentent à vous apportent une amélioration. Vous saurez que vous avez trouvé mieux quand vous aurez rédigé une solution plus claire, plus simple, plus directe, plus logique et, bien souvent, plus courte.

    Le contexte est roi

    On ne pourra comprendre une disposition législative sans en comprendre le contexte, tout comme on ne pourra pas non plus établir l’intention du législateur sans examiner le contexte. Le paragraphe (9.1) énonce une règle générale exigeant qu’un nom soit composé d’un prénom et d’un nom de famille, mais il énonce aussi qu’il existe une exception au paragraphe (9.4). Ainsi, quand vous rédigerez cette exception, il vous faut tenir compte de ce contexte et formuler l’exception de manière à ce qu’elle devienne une extension de la règle générale d’origine. Souvent, vous vous épargnerez bien des répétitions et gagnerez tout autant en clarté.

    Aller à l’essence de la disposition pour mieux reformuler

    Si on souhaite cerner l’intention du législateur, il faut d’abord aller à l’essence de la disposition. Le paragraphe (9.1) indique d’abord qu’il faut un prénom et un nom de famille, puis (9.4) permet un nom unique. C’est là l’essence de ces deux dispositions. Or, à (9.4), on nous présente également des conditions : le directeur doit approuver le nom et ceux qui enregistrent la naissance de l’enfant doivent soumettre certains éléments de preuve. Quand on se représente ainsi les éléments constitutifs de la disposition, on arrive assez facilement — non que ce soit toujours le cas! — à discerner qu’on permet au directeur d’approuver un nom unique et que la remise des documents constitue en fait la seule condition à cette approbation. La suite logique des idées nous amène alors directement à la révision proposée en début de document.

  • Révision commentée n° 3

    Révision commentée n° 3

    Heureux de vous revoir pour le troisième article de la série de révisions commentées! Cette semaine, le texte proposé vous demandera une bonne analyse. C’est notre lot : les textes à traduire ne sont pas toujours des plus clairs! N’hésitez pas à consulter le texte en entier au besoin. On traitera également de concision et du besoin d’y aller mollo avec les incises. Prenez le temps de bien réviser vous-même la traduction, puis prenez part à nos discussions!

    AnglaisI would note that, in reviewing the matter at hand from yesterday’s Question Period, at the time it was not completely clear to me whether the Premier was directly quoting from a document, paraphrasing information, or simply speaking to the House. I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
    The Premier has since advised the House that he was referring to a public document.
    Accordingly, there is no obligation for him to table anything, and I would rule that the Official Opposition House Leader did not have a point of order.
    TraductionJ’aimerais souligner, après avoir examiné le présent cas qui a eu lieu hier lors de la période des questions, qu’il n’était pas possible à ce moment-là de véritablement savoir si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou si, tout simplement, il s’adressait à l’Assemblée. J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
    Or, le premier ministre a depuis indiqué à l’Assemblée qu’il faisait allusion à un document public.
    Par conséquent, il n’est pas obligé de déposer de documents à l’Assemblée et je déclare donc le rappel au Règlement irrecevable.
    RévisionJ’aimerais souligner que l’examen de ce cas survenu hier au cours de la période des questions ne m’a pas permis d’établir clairement si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou s’il s’adressait tout simplement à l’Assemblée. Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer.
    Source : Décision de la présidence de l’Assemblée législative du Manitoba
    Anglais – https://www.gov.mb.ca/legislature/business/41st/4th/votes_033.pdf
                    Français – https://www.gov.mb.ca/legislature/business/41st/4th/votes_033.fr.pdf 

    Emplacement de l’incise

    Nous devons tous traduire des textes qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas nécessairement rédigés de façon optimale. Parfois, comme ça semble avoir été le cas ici, le texte écrit reflète un discours oral qui, sans intonation ni autre indice habituel, peut devenir un peu plus difficile à déchiffrer à l’écrit. Le traducteur doit alors s’affubler, une fois de plus, de son deerstalker (ne vous en faites pas, j’ai dû chercher le mot moi aussi).

    Le rôle de l’incise in reviewing the matter… au sein de la chronologie de la phrase est en effet plutôt nébuleux à la première lecture, mais on semble avoir voulu dire I realized when I reviewed. Ainsi, l’incise se veut un complément d’information à it was not completely clear to me. En situant son incise après « souligner », la traduction indique que l’auteur a procédé au « soulignement » après avoir fait son examen, ce qui s’éloigne du sens voulu. D’ailleurs, that balise l’anglais de manière à mettre I would note résolument derrière nous; pour sa part, la traduction place l’incise avant le « que », choisissant plutôt de persister et de signer en fixant un lien avec « souligner ». La révision déplace donc l’information après le « que » et tente, par le fait même, de se défaire d’une incise qui vient alourdir une phrase quand même déjà très longue.

    Soulignons au passage que « le présent cas qui a eu lieu hier » est plutôt lourd et boiteux : il ne s’agit pas du présent cas mais bien du cas qui nous occupait jusque-là, puis la révision a bien fait de se défaire du « qui » et de la proposition qu’il l’accompagne, d’autant plus qu’un autre « qui » suit de près.

    Tournons-nous maintenant vers ce fameux at the time qui, malgré son air banal, s’avère crucial pour la compréhension du paragraphe tout entier.

    AnglaisI would note that, in reviewing the matter at hand from yesterday’s Question Period, at the time it was not completely clear to me whether the Premier was directly quoting from a document, paraphrasing information, or simply speaking to the House. I also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
    The Premier has since advised the House that he was referring to a public document.
    Accordingly, there is no obligation for him to table anything, and I would rule that the Official Opposition House Leader did not have a point of order.
    TraductionJ’aimerais souligner, après avoir examiné le présent cas qui a eu lieu hier lors de la période des questions, qu’il n’était pas possible à ce moment-là de véritablement savoir si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou si, tout simplement, il s’adressait à l’Assemblée. J’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
    Or, le premier ministre a depuis indiqué à l’Assemblée qu’il faisait allusion à un document public.
    Par conséquent, il n’est pas obligé de déposer de documents à l’Assemblée et je déclare donc le rappel au Règlement irrecevable.
    RévisionJ’aimerais souligner que l’examen de ce cas survenu hier au cours de la période des questions ne m’a pas permis d’établir clairement si le premier ministre citait directement des passages du document, s’il paraphrasait des renseignements ou s’il s’adressait tout simplement à l’Assemblée. Il ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer.

    Une lecture attentive de l’anglais nous permet de conclure que l’expression vise le moment où l’incident a eu lieu. Puisque l’auteur nous parle d’abord du moment de son examen pour ensuite traiter de ce qu’il savait au moment de l’incident, on en conclut — bien qu’on puisse en débattre longtemps — qu’il nous informe de la conclusion à laquelle il est venu au moment de l’examen et que cette conclusion porte sur ce qu’il savait au moment de l’incident. Il poursuit d’ailleurs plus loin en ajoutant I also had no knowledge of, ce qui renforce cette lecture. Cette précision temporelle peut sembler anodine, mais on comprend au survol des deux paragraphes qui suivent que la question de savoir ce qui pouvait s’entendre au moment de l’incident importe puisque c’est ce qui a empêché l’auteur de trancher la question dont il a été saisi au moment même où elle a été soulevée.

    La façon dont cette question a été abordée dans la traduction méritait certes une modification. Premièrement, « à ce moment-là » présente une ambiguïté déstabilisante puisqu’on ne sait pas si on vise « après avoir examiné », « le présent cas qui a eu lieu hier » ou même « la période des questions ». Deuxièmement, « il n’était pas possible » rend la phrase impersonnelle alors que l’auteur s’exprime sur sa propre compréhension de l’incident et la traduction se contredit en introduisant la première personne à la phrase suivante (« J’ignorais également »). On ne peut bien sûr pas non plus employer « également » s’il n’y a aucun élément précurseur à la même personne. Or la révision a su résoudre les problèmes qu’on vient de soulever, à un léger détail près : il déplace le point de vue exposé dans l’anglais en situant l’analyse de la nature exacte des faits au moment de l’examen du cas plutôt qu’au moment de l’incident. Si on pourrait trouver dommage que le réviseur n’ait pas su rendre cette nuance, on peut tout de même conclure qu’on perd bien peu et qu’en fin de compte, on comprend quand même clairement qu’il n’était pas possible de savoir, point.

    Pour ce qui est du « tout simplement », le réviseur a cru bon de se défaire d’encore une autre incise et d’éviter la séparation de « si » et de « il », bien qu’elle ne soit pas fautive en soi. Le traducteur avait sans doute voulu éviter qu’on comprenne qu’il « s’adressait tout simplement », comme s’il s’agissait d’un geste désinvolte, mais cette lecture nous semble peu plausible. Qu’en dites-vous?

    AnglaisI also had no knowledge of whether or not he was referring to his briefing notes – which he would not be obligated to table.
    TraductionJ’ignorais également si le premier ministre faisait allusion à ces notes d’information et dans un tel cas, il n’aurait pas été tenu de les déposer.
    RévisionIl ne m’a pas non plus permis d’établir si le premier ministre faisait allusion à ses notes d’information, qu’il ne serait pas tenu de déposer.

    La traduction de ce dernier passage ne présente aucun problème en soi, mais profitons-en pour nous rappeler que même si le traducteur a l’obligation de rester fidèle au texte source, il a aussi la responsabilité de s’exprimer de la façon la plus claire et la plus concise possible. Ainsi, après toute traduction (ou révision!), on se questionnera sur l’utilité des mots qui peuvent sembler superflus, surtout lorsqu’ils ne se trouvent pas dans le texte à traduire. On peut présumer que le traducteur a senti le besoin d’établir une charnière entre « il n’aurait pas été tenu… » et la phrase qui précède, mais plutôt que d’ajouter un groupe de mots, il aurait été préférable de chercher une tournure mieux adaptée. En l’occurrence, une structure qui correspond à peu près à l’anglais aurait très bien fait l’affaire.

  • Révision commentée n° 2

    Révision commentée n° 2

    Cette semaine, le deuxième article de la série de révisions commentées traite notamment de concision et de nuances de sens. Prenez bien le temps de réviser vous-même la traduction qui vous est proposée, puis suivez-nous dans nos suggestions!

    AnglaisWHEREAS the impacts of colonialism and Residential Schools has led to intergenerational trauma, systemic poverty, and overrepresentation in CFS amongst Indigenous peoples which contributes to mental health and addictions issues.
    Traductionque les répercussions du colonialisme et des écoles résidentielles ont provoqué un traumatisme intergénérationnel, une pauvreté systématique et une surreprésentation des Autochtones au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui contribue à des problèmes de santé mentale et de dépendances,
    Révisionque le colonialisme et les écoles résidentielles ont engendré un traumatisme intergénérationnel et une pauvreté systémique au sein des peuples autochtones et que ces derniers sont surreprésentés au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui exacerbe les problèmes de santé mentale et de dépendances,
    Source : Proposition d’un député à l’Assemblée législative du Manitoba
                     Anglais https://www.gov.mb.ca/legislature/business/op/41st/4th/op_039.pdf
                     Français https://www.gov.mb.ca/legislature/business/op/41st/4th/op_038.fr.pdf

    Devoir de concision

    On voit d’entrée de jeu que la traduction a rendu impacts par « répercussions », ce qui est tout à fait acceptable, mais qu’à la révision, on a jugé ce terme redondant. Libre à vous de critiquer ce choix — peut‑être en faisant valoir qu’on devrait respecter les choix de l’anglais et les rendre fidèlement —, mais on peut aussi faire valoir que cette suppression nous fait gagner en clarté vu la longueur de la phrase et la quantité d’éléments à rendre. Après tout, ce sont bien le colonialisme et les écoles résidentielles qui ont mené aux problèmes cités et choisir plutôt de parler de leurs répercussions ajoute une distance qui ne semble ni utile ni pertinente. Mais vous, qu’en pensez-vous? Si vous aviez rédigé l’anglais, seriez-vous offusqué d’apprendre qu’on a omis ce mot?

    Nuance!

    L’emploi de has led semble indiquer un procédé graduel étalé dans le temps, mais la traduction a opté pour « ont provoqué », ce qui annonce plutôt une conséquence soudaine ou du moins une cause à effet plus directe. S’il est fréquent que les nuances de ce genre se perdent dans la traduction, elles sont pourtant essentielles au message véhiculé et s’inscrivent bien souvent dans une série d’autres choix qui abondent dans le même sens : il n’est pas rare qu’une nuance écorchée vienne créer un déséquilibre ou un malaise ailleurs dans le texte. Ici, le terme « intergénérationnel » vient à son tour renforcer la notion de progression graduelle. La révision a donc préféré le verbe « engendrer ».

    AnglaisWHEREAS the impacts of colonialism and Residential Schools has led to intergenerational trauma, systemic poverty, and overrepresentation in CFS amongst Indigenous peoples which contributes to mental health and addictions issues.
    Traductionque les répercussions du colonialisme et des écoles résidentielles ont provoqué un traumatisme intergénérationnel, une pauvreté systématique et une surreprésentation des Autochtones au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui contribue à des problèmes de santé mentale et de dépendances,
    Révisionque le colonialisme et les écoles résidentielles ont engendré un traumatisme intergénérationnel et une pauvreté systémique au sein des peuples autochtones et que ces derniers sont surreprésentés au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui exacerbe les problèmes de santé mentale et de dépendances,

    L’expression amongst Indigenous peoples s’applique logiquement aux trois éléments qui la précèdent.  Toutefois, la traduction est formulée de telle sorte que « des Autochtones » ne peut s’appliquer qu’au dernier des éléments. En outre, il serait plus approprié de rendre l’expression par « peuples autochtones ». La révision a cru bon de scinder l’énumération en deux et de reprendre le dernier élément en ayant recours à une tournure verbale : « et que ces derniers … ». On pourrait mettre en doute ce choix qui, s’il se lit bien, a le désavantage de nous faire perdre le lien entre « engendré » et « surreprésentation », quoiqu’on peut bien se l’imaginer. On aurait aussi pu opter pour « de même que la surreprésentation de ces derniers / de ces peuples au sein… ». À vous de juger si cette tournure alourdirait le texte.

    Ne pas exacerber les fausses amitiés

    AnglaisWHEREAS the impacts of colonialism and Residential Schools has led to intergenerational trauma, systemic poverty, and overrepresentation in CFS amongst Indigenous peoples which contributes to mental health and addictions issues.
    Traductionque les répercussions du colonialisme et des écoles résidentielles ont provoqué un traumatisme intergénérationnel, une pauvreté systématique et une surreprésentation des Autochtones au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui contribue à des problèmes de santé mentale et de dépendances,
    Révisionque le colonialisme et les écoles résidentielles ont engendré un traumatisme intergénérationnel et une pauvreté systémique au sein des peuples autochtones et que ces derniers sont surreprésentés au sein du système des services à l’enfant et à la famille, ce qui exacerbe les problèmes de santé mentale et de dépendances,

    Dans ce dernier segment, la révision a jugé que « contribuer » avait un sens généralement positif qui ne correspondait pas à l’intention voulue et a opté pour « exacerber ». Le choix de mot n’est pas tout à fait optimal en anglais non plus dans la mesure où on aurait pu choisir un terme plus tranché, bien que ce sens fasse quand même partie des acceptions du terme contribute.

  • Révision commentée n° 1

    Révision commentée n° 1

    Le premier article de notre toute nouvelle série de révisions commentées analyse la traduction et la révision d’un paragraphe tiré de la note explicative d’un projet de loi. Il sera question du balisage des termes, de la primauté du sens sur la structure syntaxique et du besoin de ne pas éloigner l’adjectif de son complément! Suivez-nous! 

    AnglaisThis Bill amends The Emergency Medical Response and Stretcher Transportation Act to require that financial assistance for non-medical escorts be available under the Northern Patient Transportation Program.
    TraductionLe présent projet de loi modifie la Loi sur les interventions médicales d’urgence et le transport pour personnes sur civière afin de faire en sorte qu’une aide financière soit disponible dans le cadre du Programme de transport des malades du Nord aux accompagnateurs des personnes transportées.
    RévisionLe présent projet de loi modifie la Loi sur les interventions médicales d’urgence et le transport pour personnes sur civière afin de faire en sorte que le Programme de transport des malades du Nord prévoie une aide financière pour ceux qui accompagnent les personnes transportées.
    Source : https://web2.gov.mb.ca/bills/41-4/pdf/b235.pdf

    Baliser les termes inconnus du lecteur

    L’usage des majuscules en anglais présente certains avantages : en l’occurrence, le terme Northern Patient Transportation Program s’en trouve ici parfaitement balisé. Comme le français n’a pas accès à cette stratégie, il nous faut en prendre conscience et chercher à délimiter le terme d’une autre façon. La traduction a recours à une litanie de prépositions qui perd le lecteur et qui ne permet pas de savoir où se termine le nom du programme à moins de reprendre la lecture du paragraphe, et même là.

    Puisque ce type de terme ne se compose habituellement que de noms, d’adjectifs et de prépositions, l’usage d’un verbe permet bien souvent de placer une balise claire et de poursuivre la phrase sans embûche. De plus, positionner le terme en début de phrase ou s’en servir comme sujet permet qu’on y fasse référence au moyen d’un pronom ou d’une forme écourtée, ce qui viendra alléger le reste de la phrase, au besoin.

    Notez également que placer le terme en fin de phrase peu parfois suffire à le baliser, pour autant que rien ne vienne introduire un doute. Dans le cas qui nous occupe, la révision a préféré se servir du nom du programme pour ensuite pouvoir introduire « personnes transportées » sans trop de lourdeur. D’autres solutions valables existent sans doute.

    Le sens l’emporte sur la structure syntaxique

    Grâce à la structure syntaxique qu’emploie l’anglais, le terme non-medical escorts s’intègre très bien dans la phrase et on en comprend tout de suite le sens. Toutefois, dans la traduction, « accompagnateurs des personnes transportées » n’est pas particulièrement clair ni idiomatique. Les traducteurs ont souvent le réflexe de chercher à traduire un nom par un nom, mais encore faut-il que ça demeure intelligible. Ne faites pas de compromis sur ce point : à moins qu’un nom vous soit déjà imposé — et encore faudra-t-il bien l’intégrer à la phrase —, ne rendez une expression nominale par une autre que si vous avez bien trouvé et que l’expression s’entende bien dans son contexte. Sinon, étoffez plutôt au moyen d’un verbe. Le sens importe plus que la structure syntaxique du texte source. Ici, la révision a opté pour « ceux qui accompagnent les personnes transportées »; comme on vient de parler de « transport des malades », on comprend tout de suite qui est qui et le tour est joué.

    AnglaisThis Bill amends The Emergency Medical Response and Stretcher Transportation Act to require that financial assistance for non-medical escorts be available under the Northern Patient Transportation Program.
    TraductionLe présent projet de loi modifie la Loi sur les interventions médicales d’urgence et le transport pour personnes sur civière afin de faire en sorte qu’une aide financière soit disponible dans le cadre du Programme de transport des malades du Nord aux accompagnateurs des personnes transportées.
    RévisionLe présent projet de loi modifie la Loi sur les interventions médicales d’urgence et le transport pour personnes sur civière afin de faire en sorte que le Programme de transport des malades du Nord prévoie une aide financière pour ceux qui accompagnent les personnes transportées.

    Éviter de séparer un adjectif de sa préposition

    Les adjectifs dont le complément est introduit par une préposition ne devraient pas être éloignés de cette dernière au point où le lien entre les deux se perd. Quand la traduction nous annonce « qu’une aide financière soit disponible dans le cadre du Programme de transport des malades du Nord aux accompagnateurs », le lien entre « aux accompagnateurs » et « disponible » — qu’on comprend d’abord dans le contexte de « disponible dans le cadre » — est à peu près imperceptible à moins de reprendre la lecture depuis le début. Votre lecteur mérite mieux! Séparer un adjectif de sa préposition n’est pas interdit, mais l’exercice est généralement périlleux et il vous faut vous assurer que le lien demeure évident au premier abord.

    Le mot « disponible » n’est d’ailleurs pas du tout essentiel ici pour rendre available et la révision a choisi d’avoir recours à « prévoie », et pourquoi pas. Notez également que l’emploi d’une courte incise entre l’adjectif et sa préposition peut parfois permettre d’indiquer au lecteur qu’il doit garder l’adjectif en tête et qu’il en aura besoin pour comprendre ce qui l’attend de l’autre côté de l’incise, mais là encore, procédez à vos risques et périls.

  • Traduire « academic »

    Traduire  « academic »

    Causerie donnée pour le Réseau des traducteurs et traductrices en éducation

    « Au Canada, académique est généralement considéré comme un anglicisme à remplacer par scolaire ou universitaire (et parfois collégial) », nous précise le Guide du rédacteur de Termium.

    On trouve ainsi dans diverses sources linguistiques canadiennes (comme Termium, la BDL ou encore des guides de rédaction d’universités comme celui de l’Université d’Ottawa) une liste des potentiels équivalents d’academic assez étoffée pour couvrir divers contextes de traduction.

    Et pourtant, academic continue à poser problème, témoin la causerie de mai du Réseau des traducteurs en éducation (RTE) tenue le 18 mai 2022.

    QUELS CASSE-TÊTES?

    L’opposition academic/non-academic. On désigne souvent par academic quelque chose de plus spécifique qu’« universitaire » (quelque chose d’« académique » au sein de l’université). Dans les exemples donnés, nous avions ainsi des titres de poste ou de structures de gouvernance, comme « la direction des affaires académiques » au sein de l’université. Le terme anglais y est en somme plus spécifique que l’équivalent français « universitaire ».

    L’opposition academic staff/non-academic staff. Attention aux mots « corps professoral » et « personnel enseignant », qui n’incluent pas toujours toutes les personnes qui enseignent, selon les universités. Exemple à l’Université de York : les chargés de cours (instructors) ne font pas partie du corps professoral (faculty), mais font partie de l’academic staff. Si l’on traduit academic staff par « corps professoral », on en exclut donc en français une partie du personnel enseignant désigné par le terme anglais. Par ailleurs, academic staff peut comprendre un corps de chercheurs qui ne s’adonne qu’à cette activité. Si l’expression « personnel enseignant » peut vouloir désigner les enseignants-chercheurs; il devient plus difficile de lui faire englober les personnes qui ne font que de la recherche. En conclusion, le terme anglais balaie ici plus large que son équivalent en français.

    Un cas particulier revenu dans l’actualité : academic freedom <> liberté académique. Critiqué sur Termium, il est pourtant le terme consacré du moment, en raison de son usage massif dans les médias, mais surtout dans les institutions. Aussi trouve-t-on la drôle de juxtaposition d’« académique » ET « universitaire » (« liberté académique universitaire »), alors qu’il est d’usage dans ces contextes de remplacer le premier par le deuxième.

    En somme, le terme anglais possède un champ sémantique tantôt plus large, tantôt plus restreint que les équivalents français à disposition. Il est enfin, comme tout mot, sujet aux tendances de l’actualité lorsque celle-ci s’en empare.

    QUELLES SOLUTIONS?

    • Le mot est souvent vague en anglais. Il désigne tout « ce qui a rapport avec l’école, l’université, le collège, etc. »). Il faut arriver à cerner son sens pour pouvoir le rendre de la bonne manière, et son sens est très dépendant du niveau d’études; c’est au secondaire/postsecondaire qu’il pose le plus de défis.
    • Aussi faut-il souvent expliciter plutôt qu’essayer de chercher un terme en particulier comme équivalent.
    • Le mot « académique » a longtemps été interdit et critiqué au Canada (en Europe, il est davantage employé), mais il a tendance à repointer le bout de son nez ces dernières années. Ne serait-il pas aussi dans certains contextes le plus à même d’équivaloir à academic? Ne pourrait-on donc pas réhabiliter « académique »?

    PRINCIPALES COOCCURRENCES EN QUESTION À LA SÉANCE ORGANISÉE PAR LE RTE

    academic yearannée universitaire, scolaire, collégiale?
    academic freedomliberté universitaire, d’enseignement, académique?
    academic exchange (vs cultural exchange)échange académique, scolaire, éducatif?
    academic eventsévénements universitaires, scolaires, académiques?
    academic issues/concernstroubles d’apprentissage (à l’université, au secondaire, etc.)?
    academic honestyintégrité scientifique, universitaire, académique?
    academic standingrésultats scolaires, réussite universitaire?

    OUTRE-ATLANTIQUE

    Regarder ce qu’il se passe chez son voisin est toujours instructif, quel que soit son jugement ultime! Voici donc les principaux contextes d’emploi du terme et des cooccurrences régulièrement vues côté France (mes excuses les plus plates aux Belges et aux Suisses, que j’exclurai de cette étude)1.

    1. En France, le mot « académique » correspond à une réalité politique : l’éducation y est découpée en régions académiques nommées « académies », dirigées par des directrices et directeurs académiques. L’adjectif est de plus très souvent employé pour parler des instances de gouvernance d’une université :

    • sénat académique= instance créée par l’Université de Paris pour la gouvernance.
    • conseil académique = instance de gouvernance présente dans plusieurs universités, dont la Sorbonne.
    • structures académiques = mot générique pour les instances de gouvernance d’une université. Exemple à l’Université Grenoble Alpes.

    2. On trouve également les cooccurrences suivantes où le terme « académique » semble réellement avoir sa place :

    revue académique : journal qui publie des articles de résultats de recherche dans un domaine spécifique. Le mot « universitaire », ici, pourrait faire penser que la revue est rattachée à une université en particulier, alors que ce n’est pas nécessairement le cas.

    savoirs académiques : en opposition à « savoirs professionnels ». Peut être synonyme de savoirs universitaires, ou désigner tous les niveaux scolaires, d’où l’usage du générique « académique ». Le terme paraît aussi avoir une plus grande force dans l’opposition études/travail que le mot « universitaire », comme dans « intégration académique/professionnelle » ou encore « carrière académique et professionnelle ».

    le milieu académique et universitaire : le premier terme ferait ici référence aux institutions telles que l’Académie des sciences, l’Académie des lettres, etc., qui ne sont pas des universités.

    3. On y emploie parfois le terme par souci de style, pour éviter une répétition :

    L’université, acteur académique

    L’université de X, site académique d’excellence

    4. Il est enfin utilisé dans le même sens que l’anglais et permet souvent de désigner tout le domaine de la recherche au sens large :

    Le monde académique = le monde universitaire + des scientifiques + des académiciens

    le personnel académique et administratif : pour distinguer le corps enseignant/de recherche et l’administration.

    Service académique d’information et d’orientation = service d’information et d’orientation de l’université

    Thèse académique = thèse (d’université)

    POUR CONCLURE

    Le terme academic est un problème récurrent pour les traductrices et traducteurs en éducation au Canada, en raison de l’absence en français d’équivalent direct, mais aussi de la réticence à employer même lorsque justifié le terme correspondant en français (« académique »), critiqué dans les normes. La causerie du RTE a en effet dès le début soulevé la question de la pertinence de cette « interdiction », et s’est achevée par la proposition d’une seconde discussion sur ce sujet, davantage axée sur les cooccurrences courantes dans le milieu. Une affaire à suivre donc!


    1 Termium en touche mot également à l’article cité ci-haut. À noter par ailleurs que je n’évoquerai pas ici l’adjectif dans le sens de « qui manque d’originalité ».

  • Quelques raisons de faire un plan avant d’écrire

    Dans le film Amadeus, Salieri consulte le premier jet des partitions de concertos et d’opéras écrit à la main par Mozart. Pas de ratures, pas de traces de gomme à effacer. Toute la musique est là, achevée, structurée et bouleversante. Elle était dans la tête de Mozart. Il l’a couchée sur le papier en une seule fois[1].

    De temps à autre, la même chose nous arrive à nous, pauvres mortels. À défaut de composer de la musique, nous écrivons des textes qui coulent de notre esprit jusqu’à nos doigts et nous tapons les mots dans l’allégresse pendant qu’ils s’affichent sur notre écran dans un ordre et une forme parfaite. Dans le cas des déclarations d’amour, c’est assez fréquent. Une bonne colère produit parfois le même effet. Alors, pourquoi faire un plan avant d’écrire quand la source de la créativité s’écoule si facilement ou qu’il en faut si peu pour corriger ce qui nous vient naturellement? Je vous suggère quelques raisons. Mais d’abord, précisons ce qu’est un plan.

    Un plan : une ordonnance générale 

    Le dictionnaire Usito en donne une intéressante définition : « ordonnance générale d’un ouvrage de l’esprit, disposition, organisation de ses parties ». 

    Et ordonnance? « Disposition selon un ordre, mise en ordre » (encore Usito).

    Cette ordonnance générale est-elle toujours optimale? Non.

    Ce matin, en lisant une lettre ouverte dans le journal, je me suis justement questionné sur l’ordonnance générale du texte. Mais avant de vous dire ce que j’ai éprouvé, je dois vous parler d’un enfant qui dessine puisque cet enfant et la personne qui a rédigé la lettre ouverte ont quelque chose en commun.

    Une lettre ouverte écrite comme un enfant dessine

    Un enfant dessine depuis 15 minutes. Il est tout à son dessin, s’applique, crée sans souci. Il n’a pas terminé et c’est déjà joli, coloré. Un adulte lui demande ce qu’il fait. « Je sais pas, j’ai pas fini. »      

    En lisant la lettre ouverte ce matin, j’ai eu cette impression : la personne qui l’a écrite n’a pas su avant la fin ce qu’elle voulait dire. Il y a bel et bien un texte que j’ai lu du début à la fin et de belles idées qui m’ont ouvert de nouvelles perspectives. Mais il y a aussi des longueurs, une pensée qui se cherche, une entrée en matière qui aurait pu me décourager par sa longueur. En griffonnant un plan avant de rédiger, la personne qui a écrit aurait pu produire un texte plus percutant, plus fluide.

    Première raison : tester nos idées avant de les formuler

    Cet exemple pointe le premier avantage à faire un plan avant d’écrire. Cela permet de tester nos idées et leur agencement avant de les formuler. 

    Tout le monde, ou presque, connaît la façon de faire un plan. On écrit en quelques mots chacune des idées qu’on formulera au long plus tard et on décide de leur ordre. On établit les grandes sections d’un texte, fût-il de 500 mots. On fait de beaux tapons d’idées, lisses et blancs comme des tapons d’ouate. 

    Mine de rien, c’est un premier accouchement. Les idées en gestation dans la tête s’incarnent dans une nouvelle vie : des mots sur une feuille ou sur un écran (voire même sur un dictaphone).

    Cet exercice permet déjà une double évaluation :

    1. Les idées matérialisées à grands traits sont-elles aussi claires sur papier qu’elles le semblaient dans ma tête?
    2. L’ensemble est-il cohérent et permettra-t-il aux destinataires de me suivre?

    Deuxième et troisième raisons : gérer moins de superflus et de raboutage

    Pour écrire un texte, on peut évidemment choisir d’écrire au fil de la plume, sans plan préalable. Comme nous sommes intelligents et soucieux des destinataires, nous nous assurerons, au fur et à mesure que nous écrivons, qu’ils sauront nous suivre pas à pas. J’allais dire : nous veillerons à les tenir par la main. Après tout, c’est dans le dédale de nos idées que nous les emmenons, mais j’avoue que ça semble condescendant. 

    Oubliez la main. 

    Au terme de l’exercice, nous pourrons : 

    • supprimer le superflu;
    • déplacer des phrases et des paragraphes pour assurer une meilleure cohérence (corriger l’ordre des idées).

    Mais il arrive que le superflu soit gigantesque. Comme ces 300 mots de trop avant le vrai début du texte. Évidemment, il suffit de les enlever et le texte démarre sur les chapeaux de roues. Allons-nous consentir à les éliminer d’un claquement de doigts sur le clavier? J’ai déjà fait la suggestion à quelqu’un. C’était techniquement facile, mais psychologiquement difficile. Ces 300 mots lui semblaient essentiels. Ils étaient nés sous sa plume. Ils étaient venus au monde.

    Le superflu peut-être de plusieurs natures, mentionnons-en deux  :

    • développement inutile ou pas indispensable;
    • répétition d’une idée mieux exprimée ailleurs.

    Supposons qu’il y a beaucoup de superflus ici et là, qu’on le reconnaisse et le supprime sans réticence. On vient de gagner en clarté. Mais il se peut alors, comme on a écrit au fil de la plume, qu’il nous faille déplacer des phrases ou des paragraphes pour assurer une meilleure progression des idées, pour que le fil ténu de la pensée ne se casse pas en chemin. Quand cette reconfiguration est faite, il nous reste une nouvelle opération : le raboutage. Il faut maintenant vérifier si tous les morceaux mis bout à bout sont bien assemblés les uns aux autres, si la pensée suit son cours sans heurts, s’il n’y a pas de cicatrices dans le texte qui révéleraient les chirurgies qu’on vient d’opérer. 

    Le raboutage est une chirurgie esthétique du texte pour que tout semble naturel.

    La rédaction préalable d’un plan n’empêche pas nécessairement la gestion du superflu et du raboutage, mais je crois qu’elle les minimise.

    Quatrième raison : permettre au cerveau de fonctionner à plein rendement quand on rédige

    Une personne qui écrit répond consciemment ou non aux trois questions suivantes :

    1. Quoi dire?
    2. Dans quel ordre?
    3. Comment le dire?

    À grands traits, on peut affirmer que :

    • le plan du texte répond aux questions « quoi dire? » et « dans quel ordre? »
    • la formulation du texte répond à la question « comment le dire? »

    Quand on fait un plan avant d’écrire, le travail de rédaction se concentre sur une seule tâche : trouver les mots. L’esprit est plus libre. On ne lui demande pas d’être multitâche.

    Le respect des destinataires

    Je l’avoue, je ne fais pas toujours un plan avant d’écrire un texte. Mais une chose demeure vraie pour chaque texte destiné à quelqu’un d’autre : par respect pour mes lectrices et mes lecteurs, je fais de mon mieux pour produire un texte cohérent qui avance sans piétiner, s’attarde là où il faut plus d’explications, présente des exemples judicieusement choisis. Un texte comme un chemin plutôt droit. Une des bonnes raisons de faire un plan avant d’écrire, c’est justement ça : le respect des destinataires.

    Jean-François Giguère donne chez Magistrad le cours Écriture efficace.

    [1]  Le film ne prétend pas à l’historicité. Vous pouvez voir cette scène à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=th_ro9CiASc.